"Bowling For Columbine "ou comment vous dire que je suis parano (et américaine de surcroit)?

Publié le par Noum

Hier soir je suis tombée sur le doc de Mikaël Moore (merci le câble je t'aime), autant te dire public que çà m’a fais tout drôle après « confessions intimes ».

M’a fallu un léger temps d’adaptation quand même.
Mais bon je pense avoir néanmoins saisi l’essentiel du propos. Mikaël Moore dedans il part  de la tuerie dans le lycée Columbine de Littletown dans la banlieue de Denver, capitale de l'Etat du Colorado, où deux lycéens abattent douze de leurs camarades et un professeur. Eric Harris et Dylan Klebold avaient choisi l'option bowling pour leur cours d'éducation physique, d'où le titre du film.


Souvent, le premier réflexe lorsque l’on traite d’un fait divers est de s’enfermer dedans,  on part de ce qui s’est passé et on s’intéresse aux protagonistes, à leur passé leur entourage, un peu comme dans « faites entrer l’accusé » ou l’on cherche à « comprendre ce qu’ils ont dans la tête »... Comme si on pouvait. Bref.
Fascination morbide pour l’horreur à l’état pur. Pan! 

 Ce n’est pas du tout ce que fait Moore.

Il nous entraîne dans une réflexion vertigineuse qui oscille de la fascination des américains pour les armes vers la violence qu’elle engendre (et vice-versa ?), il va voir ce qui se passe dans le reste du monde où les armes existe aussi et où, pourtant elles ne servent pas forcément à tuer son voisin qui assez curieusement  n’est pas forcément un ennemi potentiel. 
 Il montre surtout comment médias et politiques se sont pris un jour par la main pour instaurer un climat permanent de peur qui peut en partie expliquer pourquoi, en Amérique, on peut  penser « défendre la liberté » en érigeant des barricade autour de soi et en s’armant jusqu’aux dents (paradoxe du paranoïaque). Il montre que chaque américains aujourd’hui est bombardé en permanence d’images qui lui font penser que le reste du monde veut sa peau et que son voisin, si il est différent de lui (noir, hispanique, arabe, pauvre, blanc, moustachu, agent d'assurance  etc.) est un ennemi potentiel. 
 C’est un peu vers là que j’ai eu moi aussi un peu le vertige parce que on parlait de l’Amérique et que j’ai commencé à me reconnaître. Hors je ne suis pas armée et je ne suis pas américaine. Que se passait -il?

 

Dans le documentaire à un moment Marilyn Manson est interviewé  en tant qu’il est accusé d’être par sa musique et ses textes une source de violence pour les jeunes américains et il dit (entre autre) « Ils vivent dans la peur, ils ont peur donc ils consomment ».

 


Au départ je n’ai pas bien saisi, et puis je me suis vue dans ce « ils ».

  Moi je suis femme au foyer, pas de la trempe « aventurière qui baroude » un peu partout avec un sac au dos. Je vis ma petite vie (plutôt cool pour le moment je dois dire), je fais mes petits trucs, je pars en vacances des fois.

Mais je me suis rendue compte que ces dernières années, le monde ne m’apparaissait plus vraiment comme une endroit hospitalier et quand je choisissais mon futur lieu de vacances, y’avait certains endroits qui avaient tendances à me paraître plus « craignos que d’autres ». Du genre là bas on enlève les touristes, où on les fait sauter, où on leur pique leurs affaires etc.…mais d’où me venait tous ces à prioris ? hein ? d'où ? 
Et pourquoi je ne me sens plus  jamais parfaitement en sécurité dans la rue ? Pourquoi quand quelqu’un s’approche de moi un peu trop vite par derrière j’ai le cœur qui s’emballe, j’accélère (ou ralentis) pourvu qu’il ne soit plus derrière moi ?

Pourquoi est ce que j’éprouve naturellement une méfiance naturelle envers tout homme que je ne connais pas et que je croise seule dans une rue le soir (comme si il était forcément un violeur en série potentiel ou pire) ?

 Quelle est cette maladie qui fait que moi qui n’est pas été plus agressée par la vie que la moyenne , qui suis même du genre chanceuse dans l’absolu , je me retrouve à adopter parfois des comportements proches de ceux que peuvent avoir certains grands traumatisés ?

Je ne suis pas américaine …mais j’ai la télévision. Et je vois tous les jours la haine et la violence qui s’en déverse un peu tous les jours aux infos.

Alors pourquoi les gens qui ont peur consomment ? Et bien déjà il consomment national au niveau touristique, car le reste du monde leur parait hostile. Ils partagent moins et ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes et leur communauté.

Chaque communauté crée  nouveau un terrain de jeu pour les multinationales de tout poil qui vont se pencher activement sur leurs modes de consommation.

  A quoi d’autre peut bien servir la peur ?

A être élu par exemple, en créant l’ennemi et en prétendant nous en défendre, parfois on crée l’ennemi de l’intérieur, on divise pour mieux régner. On va expliquer aux gens que les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne veulent pas travailler, et une fois  bien culpabilisé on peut obliger le pauvre à accepter  n’importe quoi ou presque. La peur annihile l’entraide, surtout si on l’associe intelligemment à sa meilleure amie « la méfiance ».

  La peur est un concept absolu, les gens qui ont peur ne se rebellent pas ils espèrent que la foudre tombera sur la maison voisine …

Vivement qu’il dérégulent la vente d’armes que je puisse être une vraie américaine. En attendant je sais pas vous mais je crois qu'il faut que me fasse une désintox T.V ...

Publié dans Sainte lucarne.

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