Abdel.

Publié le par Noum

Il faisait son jogging quand il l’a aperçue à demi immergée dans le canal. Intrigué il s’est approché pour voir s’il s’agissait bien de ce qu’il pensait. Et c’était bien ça.

Pliant son mètre quatre vingt dix, il la sortie de l’eau et se rendit compte que d’autres flottaient à proximité. Il les sorties également.

 

Son premier réflexe fut d’aller trouver la police car après tout, ces affaires là les concernaient eux certainement plus que lui. Mais presque instantanément il se dit qu’il ne pouvait pas. Cela allait automatiquement lui attirer des ennuis. En ce moment la police et lui n’étaient pas meilleurs amis du monde.

 

Alors il les mit dans sa poche et reprit son jogging. On verrait bien ce qu’on en ferait demain. Là, la nuit tombait, et il ne faisait pas bon traîner dans le coin passé certaines heures.

 

Le lendemain, très grosse journée au boulot. Il travaillait dans une banque.

Quelle ironie. Lui qui était interdit bancaire depuis que quatre mois auparavant il s’était fait voler ses papiers d’identité, pendant qu’un inconnu ouvrait des crédits un peu partout à son nom, il passait ses journées à vendre des produits bancaires.

 

C’est probablement pour ça qu’il n’avait pas pu se contenter de laisser flotter cette carte d’identité et ces autres papiers dans le canal malgré les problèmes que cela pouvait lui causer. La carte. Il avait complètement oublié de s’en occuper aujourd’hui.

Il était tard, il voulait rentrer. Il s’en occuperait demain, à la première occasion.

 

Vers 10 heures ce matin là, il trouva le numéro de téléphone correspondant au nom sur la carte. Il composa le numéro, c’est dans un autre département à cinq cent  kilomètres de là .

A l’autre bout, une voix de femme, ensommeillée. La carte d’identité appartient à un homme, il demande à lui parler. L’homme est absent. Il explique.

-« J’ai trouvé sa carte d’identité et d’autre cartes lui appartenant en faisant mon jogging lundi soir, je ne sais pas si il s’est rendu compte qu’il l’avait perdue ».

La voix de la femme n’est plus ensommeillée tout à coup. Elle est tendue.

-« Il s’en est très bien rendu compte, on lui a volé son portefeuille lundi soir ».

Il lui demande si elle préfère qu’il lui envoie par courrier, il propose même à un moment donné de lui envoyer en recommandé puis se ravise.

 -«  Je vous l’envoi par la poste, après si il y’a un problème c’est la poste ».

La femme semble toujours nerveuse.
-«  écoutez mon mari est dans votre région, pouvez vous me donner votre nom et un numéro de sorte qu’il puisse vous joindre et voir avec vous si il passe la récupérer ou si il préfère que vous me la fassiez parvenir ? »

-« Bien sur. Elle est à  mon bureau avec les autres documents, j’évite de me déplacer avec ».

-« Ah ? Bon très bien je vais prendre vos coordonnées à ce moment là et il vous recontactera. »

-« Il peut me joindre au 06**********, je suis monsieur Y, Abdel Y. C’est pour çà que j’évite de me déplacer avec des papiers qui ne sont pas les miens.

A l’autre bout de la ligne la voix de la femme se détend soudain.

-« ah ok, je comprends ».

Elle lui explique alors que les papiers ont été volé au cours d'une agression et  que la veille on l’avait appelée à propos d’autres documents retrouvés, mais que l’adresse qu’on lui a donné pour les récupérer était bidon. D’où sa méfiance.


Lui aussi il comprend, il sait que malgré tout elle ne sera rassurée que quand la carte aura été rendue sans encombre, il à l’habitude que les gens se méfie de lui, il en a marre un peu aussi mais il en a prit son parti.

 
Quand elle raccroche, elle commence par rappeler son mari et lui explique la situation. Elle lui demande de ne pas aller seul au rendez-vous s’il décide de s’y rendre. Même si elle ne doute pas vraiment de la bonne foi de son interlocuteur, l’agression a laissé des traces.

 

Ensuite, elle réfléchit. Elle prend conscience de vivre aujourd’hui dans un pays ou un homme honnête qui retrouve des papiers volés ne peut pas se rendre directement dans un poste de police ou dans une administration pour les déposer parce qu’il s’appelle Abdel.

 Elle se sent très triste tout à coup.

 

 

Ce WE, débutent les élections régionales. Depuis quelques temps dans les médias, çà et là, des représentants de la majorité tiennent des propos assez nauséabonds pendant que d’autres membres de cette même majorité les désavouent publiquement.

Ils soufflent le chaud et le froid tentant de ratisser le plus largement possible les voix d’extrême droite autant que celles de leur propre électorat.

Quand va-t-on comprendre ?

 

 

 

 

Publié dans hé tas d'ames !

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Folzebuth 15/03/2010 17:54



Très bel article, très joliment tourné sur un sujet assez détestable.


Mon avis sur le sujet ? Ok, puisque tu insistes, je te le livre :


Je crois fondamentalement qu'à des degrés divers, au moins une bonne moitié de la populations est fondamentalement xénophobe. Ce n'est pas ne pas aimer la France que d'en faire le triste constat.
J'en ferai sans doute un billet un de ces 4, à commencer par mon expérience de gendarme pendant le service militaire, même s'il y aurait carrément un livre à écrire sur le sujet.


Plus que la nationalité qui diffère, la couleur de peau pose un réel problème à beaucoup beaucoup de gens


Nous sommes le pays qui a envoyé Le Pen au second tour d'une présidentielle,


où un président parle du "bruit et de l'odeur" et se fait ré-élire


où nous avons une Ministère de l'identité nationale et de l'immigration qui ne choque presque plus personne


où un président de région déclare l'équipe nationale de foot trop noire à son goût, et est en passe d'être ré-élu


où un ministre de l'intérieur est capable de sortir une horreur telle que "quand il n'y en a qu'un, ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'il y a des problèmes" à propos d'un jeune aux
origines maghrébines, et de prendre ensuite les commentateurs pour d'authentiques cons en prétendant avoir parlé des auvergnats, et de s'en sortir le cul propre


J'arrête là, j'ai la nausée


Bises à toi



Béatrice7 14/03/2010 11:16



Un jour, peut-être!



Lolotte 13/03/2010 21:17


Comme je vois le message d'Alba, je ne voudrais pas que mes propos soient mal interprétés. Je suis bien consciente que ce n'est pas une fiction et malheureusement, je trouve simplement cela
tellement incroyable et honteux ...


Alba 13/03/2010 15:45


Pas une fiction, je peux en témoigner.
Je suis française pure souche mais suite à mon mariage mon nom ressemble à celui d'Abdel, et tous les jours, je souffre du racisme. Moins que d'autres, certainement, grâce à ma couleur de peau,
mais quand-même.
Je travaille dans un bureau de Poste d'un quartier défavorisé, et il n'est pas rare qu'on me rapporte à moi des papiers trouvés plutôt qu'à l'antenne de commissariat à 100 m de là...


Lolotte 13/03/2010 14:21


Oh, mais tu t'essayes à un autre genre ... et c'est parfaitement réussi. Moi, je vis à la campagne et je suis une grande naïve. penser qu'un homme qui s'appelle Abel ne peut pas rapporter des
papiers qu'on l'accuserait d'avoir volés ... c'est de la science fiction. Je préfère croire en l'espoir porté par la photo qui illustre ton billet, même si j'ai bien l'impression d'être à côté de
la plaque.
PS : ravie que tu sois de retour. Bises.