France Télécom: 25.

Publié le par Noum


25. Ce matin ils étaient 25.

 

25 personnes d’une même entreprise à subir des conditions de travail et une pression telle qu’ils ont préféré en mourir.

Depuis quelque temps déjà, des débats fleurissent ici ou là.

On crée des cellules de crise. On dit aux gens qu’ils ont été entendus et que pour pallier à leurs problèmes on va monter des cellules psychologiques et favoriser l’écoute au sein de l’entreprise.

Oui, pourquoi pas ? C’est un début.

J’ai un peu suivi certains des débats sur le sujet. J’ai écouté attentivement ce qui se disait. Quelque chose m’a frappé.

A aucun moment les participants ne semblent établir un lien, une quelconque corrélation entre le travail et la vie personnelle/de famille.

Oh je sais bien que le discours ambiant est, le travail c’est le travail et la vie personnelle n’a rien à y voir.

Combien de fois ai-je entendu « les problèmes de la maison doivent rester à la maison quand tu es au travail tu y es à 200% (je déteste d’ailleurs cette statistique absurde des 200% supposée représenter la sur motivation de bon alois que l’on se doit d’exiger de nous même).

Mais quand est ce qu’on va revenir aux fondamentaux ?

 

C’est quoi le travail ?

 

Aujourd’hui on voudrait nous faire croire que travailler est un plaisir ou du moins devrait l’être. Que si vous ne prenez pas de plaisir à travailler vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même, vous êtes un looser.

Le salarié idéal n’a pas de vie personnelle. Il n’a pas d’amis ou alors des amis qui font la même chose (émulation/concurrence / productivité).

Il n’a pas de famille car la famille est un frein dans la mesure où elle va générer des comportements déviants nocifs à la bonne marche de l’entreprise. Le salarié pourrait vouloir des horaires décents compatibles avec la vie de famille, pire il pourrait faire des enfants et avoir envie de les connaître un peu. La mobilité géographique du salarié risque d’être altérée par son boulet sa famille. La famille est donc un frein à l’expansion de l’entreprise, à son développement à l’échelle Européenne et donc à la mondialisation.

(En effet la mondialisation même d’un point de vue idéologique part d’un individu qui serait un aventurier, vivant sans attache, n’hésitant pas à faire des milliers de kilomètres pour décrocher un job. Le pèlerin qui est attaché à ses racines, souhaite rester dans sa région et voir grandir ses enfants doit donc être éliminer de la grande équation cela va s’en dire).

Le salarié idéal ne vit que pour son entreprise. Il y pense jour et nuit et cherche à son échelle, qu’il soit caissière manutentionnaire ou cadre, un moyen d’amélioré ses performances au travail et donc celles de l’entreprise.

 Pour se faire son attention ne doit pas être détournée par des problèmes du quotidien ou d’ordre ménager, aussi il préfère vivre dans un hôtel/une chambre de bonne/un studio/ la rue mais proche du bureau.

Si le salarié idéal n’a pas le droit d’amener ses problèmes personnels au travail, il a par contre parfaitement le droit d’amener du travail à la maison (s’il a commis l’erreur d’en avoir une) en effet ,l’entreprise préférera qu’il s’en prenne à sa famille (faut bien qu’elle serve à quelque chose), en lui pourrissant la vie ou en l’ignorant absorbé qu’il est par de « vrais » problèmes (car le travail est une affaire sérieuse que l’on ne doit pas prendre à la légère). Plutôt que de devoir payer un psy d’entreprise ou pire revoir ses méthodes, sa manière de penser le monde.

 

C’est quoi le travail ?

 

Seulement voilà le salarié idéal n’existe pas. La scission entre le monde du travail et la vie personnelle est devenue telle que l’on ose même plus dire « j’y arrive pas », même pas à sa famille.

Les techniques de management interdisent les formulations négatives au sein de la communication d’entreprise. Celui qui dit « je ne peux pas » est bon à jeter. Mais comme il est encore un peu protégé on va l’obliger à partir de lui-même, c’est comme ça qu’on a inventé le placard et le harcèlement institutionnel.

En parallèle, pour couper court à toute forme de recours, on a supprimé les interlocuteurs, de sorte que le salarié en difficulté ne puisse se confier à personne sous peine que ça se sache et d’être un looser.

Le monde du travail démantibulé est devenu tellement insécurisant qu’on s’accroche malgré tout en espérant que ça va s’arranger. Mais le travail de sape est commencé. La dévalorisation de soi est en marche.

On a tant investit pour cette entreprise, on s’est plié à tout même parfois au pire tout çà pour quoi ?

On est tout seul. Les collègues ne peuvent rien, ils ont peur de la contagion, et puis on ne veut pas qu’ils sachent que l’on est faible parce que alors ce sera vraiment fini. L’un d’eux ira le dire au manager (parfois pour aider) et je n’aurais plus ma place.

 

Est-il normal qu’un ouvrier finisse par être aussi obsédé par la productivité que son manager ? Que mettriez-vous dans une lettre de motivation pour être caissière ? Pardon, hôtesse de caisse.

Ne voyez pas de mépris dans cette question, seulement le constat de l’absurdité d’un monde ou il ne semble même plus évident que certains métiers on les fait pour vivre tout simplement.

 

C'est quoi le travail ?

 

 

Y’a pas si longtemps, il était communément admis que le travail devait nous permettre de vivre. De faire vivre notre famille. Apporter de la sécurité qui nous permet de faire des projets et d’avancer dans la vie.

Lorsque ces objectifs étaient atteints, lorsque vous aviez trouvé un équilibre entre vos deux vies, alors s’installait une chose étrange mais essentielle dans la vie de l’homme. Le bien être.

Que ce soit au travail ou à la maison, le bien être est nécessaire à une bonne marche que ce soit de l’entreprise où de l’Homme.

 

On nous dit qu’il faut consommer pour être heureux. Que la consommation va relancer l’économie et que de fait, reviendra le bonheur.

Pendant que nous consommons comme des forcenés avec des moyens que nous n’avons plus, c’est nous même que nous consommons. L’économie est cannibale et pour continuer à chier de la marchandise créée à partir de matières premières qui s’amenuisent, elle a du trouver d’autres ressources : Nous.

 

25 personnes dans une même entreprise se sont consumées sur l’autel d’un travail qui ne crée plus de satisfaction de bien être ou de sécurité, mais qui produit de la souffrance que l’on préférera camoufler sous le délicat vocable de stress au travail. C’est tellement pratique le stress. Ça évite de dire plein d’autres mots plus dérangeants.

Il ne s’agit pas de stress au travail. Il s’agit de stress dans la vie

 

Le travail est une partie de la vie. Ce n’est pas la vie qui est une parenthèse dans le travail.

 

25 personnes dans une même entreprise se sont levées un matin, vidés, épuisés, désespérés, et son allés au travail comme on va à l’échafaud. Sans espoir, sans recul sans savoir vers qui se tourner parce qu’elles vivent dans un monde ou on n’a pas le droit d’échouer.

 

25 personnes se sont données la mort dans une même entreprise, parce que tout là haut très loin de nous pauvres mortels vivent des dieux qui décident du sort du monde comme si ce monde leur appartenait et que dans leur grande partie de Monopoly géante, nous ne sommes que des pions.

 

25 familles, amis, parents, enfants ce sont réveillées elles aussi. Tous ces gens qui ne compte pas et sont des freins à la productivité de l’entreprise se retrouvent seuls et se demandent ce qu’ils n’ont pas vus, ce qu’ils auraient pu faire. Comment auraient ils pu deviner.

Quoi de plus absurde que de mourir pour un travail ?

 

Pendant ce temps là, des grosses  légumes s’agitent et créent des cellules qui vont-elles même créer des « process » qui ne seront que des pansements sur la plaie béante d’un monde qui marche sur la tête.

 

Je ne sais pas pourquoi ce matin j’ai réagis plus que les autres matins. Comme si 25 étaient mon seuil de tolérance. Ce matin j’ai pleuré pour le 25ème.

Et je bosse même pas à France télécom.

Publié dans juste pour dire ..

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Nouskinette 27/10/2009 07:49


Oui jme demande ou va le monde (a sa perte oserais je dire)
C'est triste d'en arriver a en finir avec la vie a cause de son boulot meme si pas mal de truc doivent clocher a coté aussi et que ça fait un tout .
C'est désolant de voir tout ça quand meme et de savoir que on ne peut rien faire nous a notre niveau et que ceux qui pourraient ne le font pas comme d'hab.


AurelieT 26/10/2009 22:42


PS : quand je dis qu'on peut m'inclure dans le lot... c'est dans le lot des personnes qui n'aiment pas leur métier, hein, pas l'inverse mdr !


Noum 27/10/2009 18:37


j'avais saisi et je merde alors ..fais chier ..merde alors  j'aime bien moi que les gens soient heureux de faire ce
qu'ils font...


AurelieT 26/10/2009 22:40


Coucou Noum, et merci pour ton p'tit mot sur mon blog (même si j'avoue que ça ne va plus aussi bien qu'au début).

En tout cas, je rejoinds totalement tout ce que tu dis sur le monde du travail. D'un côté on cherche la productivité à fond. De l'autre, si on ne va pas bien faut pas en parler sinon on sera vu
comme un perdant ou quelqu'un qui n'est pas motivé.

Et très rares sont les personnes qui sont super heureuses d'aller bosser, aiment leur métier (on peut m'inclure dans le lot).

Mais on est dans un monde malsain où on doit toujours arborer le sourire pour faire "comme si", et c'est ça qui m'épuise bien souvent. Surtout quand tu as un client au téléphone, que tu es dans un
mauvais jour où tu n'en peux plus mais où tu arbores malgré tout l'éternel sourire de celle qui décroche...

Si ça c'est pas un côté faux-cul del'être humain, je ne sais pas ce que c'est...

Quant au côté vie privée vs boulot...

C'est clair que ça dérange lorsque la vie privée empiète sur le boulot, mais lorsque c'est l'inverse c'est "débrouillez-vous"...


Noum 27/10/2009 18:36


ben merde alors. Je suis désolée que çà se passe moyen pour toi ma grande. Bon pas de panique , en ce moment c'est morose de partout, ce n'est peut être que passager. Tient le coup et n'hésite pas
à me faire signe ici ou là quand t'as pas envie de faire semblant d'être une Wineuse. Et dis toi que quad t'arrive à garder le sourire téléphone  c'est pas que de l'hypocrisie, si ça se trouve
le client qui passe aussi une journée de merde et c'est pour çà qu'il s'acharne, en raccrochant il se dit que grâce à toi sa journée est pas entièrement pourrie :-) hauts les coeurs!
En attendant je te fais des bisettes.
Courage ma belle ...


Joker 21/10/2009 11:33


J'ai pas trop de temps, je reviendrais lire et commenter plus tard mais j'ai retrouvé bleu, celle qui est so different, si toi aussi, je m'en vais, si tu cherches toujours, un petit mail au Joker
et je t'envoie chez bleu en un clic. Ben oui c'est compliqué mais comme je ne sais pas pourquoi elle se cache, je ne vais pas étaler son chez elle partout.


Noum 21/10/2009 12:36


bon j'avais fait une réponse pleine de sagesse et puis j'ai trouvé son nouveau blog (et c'était pas très dur ^^) donc merci Jok'
a bientôt toi !


Alba 17/10/2009 11:43


"Par ailleurs si tu as lu le billet tu constatera que je pars de ce cas FT pour une réflexion plus générale sur la manière dont va le monde actuellement."
Oui, je l'ai constaté.
Il ne me semble pas avoir à aucun moment émis une critique à ton égard oiu celui de ton article.
Comme tu le dis je ne faisais qu'exprimer mes sentiments.
Mal, sans doute, car grâce à  ton interprétation de ma phrase je m'aperçois que j'ai usé de trop de raccourcis !
Non toutes les personnes dépressives ne se suicident pas, et non, elles ne le font pas pour faire un "coup de pub", mais oui, c'est pour attirer le regard des autres sur eux et sur leur
tristesse
Danser à oilpé dans la rue est un acte que ne sera pas capable d'exécuter une personne qui songe à mettre fin à ses jours, ce n'est pas dans le même registre.
Et je pense que les 25 personnes suicidées avaient déjà au départ des tendances suicidaires, que celles-ci n'ont pas été créées par leur situation dans leurs boîte.

Ca me rend triste pour les familles de ces personnes que leur défunt ne soit plus que "le énième suicidé de FT", et je trouve dangeureux de continuer à monter toute cette affaire en épingle.


Noum 17/10/2009 12:01


Je vois ce que tu veux dire. Moi même j'ai du mal à comprendre que l'on puisse vouloir mourir pour un job.
Et pourtant je connais des gens qui ne sont pas passés loin (pas à FT forcément d'où ma tentative d'élargir un peu le débat), je connais des gens qui sans parler de suicide, étaient tellement sous
pression qu'ils ne voyaient, dormaient, mangeaient , parlaient et pensaient plus que "boulot". Le burnout au travail est une réalité. Les pratiques manageriales et le harcèlement (parfois
institutionnalisé) des entreprises sont aussi des réalités.
Parfois ce n'est pas une question de fragilité de l'individu c'est parfois une question de déséquilibre entre l'investissment qu'il a eu dans son entreprise et la situation où il se retrouve
soudain (placard ou autre ) . Il est vrai qu'il ne faut pas généraliser . Il est vrai qu'il existe des salariés qui aiment ce qu'ils font , ont des patrons humains etc... mais la mondialisation
tend à faire naître des "groupes gigantesques" ou le nombre fait que à un moment donné l'individu ne fait plus le poids et est broyé.
Comme pour toi ce n'est que  mon ressenti.
 Par ailleurs crise aidant , la pression augmentant sur le marché du travail, plus personnes ou presque n'est indispensable, les places sont chères et les candidats nombreux et les discours du
type "t'es pas content? y'en a 10 qui attendent à la porte que tu te barres" fleurissent un peu partout.
La "sécurité" est une norme très importante dans l'équilibre Humain, toute les avancées humaines depuis le début de notre existence tendaient au départ à assurer notre survie notre sécurité...de
fait je peux comprendre que certains privés de cette donnée essentielle puissent perdre les pédales.
Même si effectivement je ne pense pas que je me tuerais j'aurais plutôt tendance à m'en prendre àl'autre, à la structure. En ce sens en ce qui concerne le "penchant suicidaire des personnes tu as
peut être raison".

 Il ne me semble pas avoir à aucun moment émis une critique à ton égard oiu celui de ton article.
ben non. on cause..